Souffrance au travail : traiter le mal à la racine

“Les consul­ta­tions spé­cia­li­sées dans la souf­france au tra­vail sont satu­rées. La demande des sala­riés s’accroît et les délais pour obte­nir un ren­dez-vous s’allongent”, s’alarme Le Monde dans une récente enquête consa­crée au “fléau de la souf­france au tra­vail”. Un constat qui incite à ren­for­cer vigou­reu­se­ment les actions de pré­ven­tion, pour trai­ter le mal à la racine.

Le Monde, 10/01/19.

“Nous fai­sons face à des situa­tions de plus en plus com­pli­quées, qui peuvent mettre la vie en jeu, avec tou­jours plus d’arrêts mala­die longs, des burn-out…”, explique au Monde le direc­teur de l’Association de san­té au tra­vail inter­ser­vices (ASTI). En 2018, cet orga­nisme fédé­rant huit ser­vices de san­té au tra­vail d’Occitanie a reçu 1600 per­sonnes contre 1400 l’année précédente.

Un fléau coû­teux pour la socié­té et les entreprises

Outre le fait que le per­son­nel manque face à l’ampleur que prend le phé­no­mène, le che­min de la rémis­sion est long et sou­vent coû­teux. Le coût d’une séance peut s’élever à 80 euros et il faut sou­vent des mois, voire des années pour se rele­ver d’un burn-out ou d’une situa­tion de stress post-trau­ma­tique.
“Selon l’Assurance Mala­die, 10 000 troubles psy­cho­so­ciaux (dépres­sion, état de stress post­trau­ma­tique…, en lien avec un évé­ne­ment déclen­cheur) et, sans doute, autant de non décla­rés comme tels, ont été recon­nus au titre des acci­dents du tra­vail en 2016, ain­si que 600 mala­dies psy­chiques liées au tra­vail.” Le coût pour l’Assurance Mala­die est éle­vé, mais il l’est éga­le­ment pour les entre­prises et les admi­nis­tra­tions tou­chées tant les arrêts de tra­vail contri­buent tou­jours à per­tur­ber leur fonc­tion­ne­ment, sans comp­ter les consé­quences sur le cli­mat social et l’image de marque…

Consul­ta­tion per­son­nelle et pré­ven­tion collective

Le sui­vi des patients per­met tou­te­fois d’obtenir de réels résul­tats. “Nos consul­ta­tions sont cen­trées sur la réa­li­té du tra­vail. On va deman­der au sala­rié de décrire son emploi, d’exprimer ce qui, dans son métier, lui pro­cure du plai­sir et ce qui est dif­fi­cile. Nous par­tons du prin­cipe qu’avec le tra­vail, on peut se recons­truire”, explique Anne Jakow­leff, psy­cho­logue du tra­vail à l’Union mutua­liste Souf­france et tra­vail réseau d’accueil et de pré­ven­tion (Strap), qui inter­vient en Auvergne-Rhône-Alpes.
Cette approche est simi­laire à celle qui pré­vaut lors de “l’accompagnement psy­cho­lo­gique d’un tra­vailleur en souf­france” pro­po­sé par Impact Pré­ven­tion. Avec, dans ce cas, un avan­tage sup­plé­men­taire : la trans­mis­sion à l’employeur de deux rap­ports inter­mé­diaires et d’un rap­port final qui, tout en res­pec­tant scru­pu­leu­se­ment la confi­den­tia­li­té des échanges avec le tra­vailleur, aide­ront la direc­tion à iden­ti­fier des solu­tions per­met­tant de pré­ser­ver la san­té men­tale de son personnel. 

Enga­ger une démarche de pré­ven­tion (et de pro­grès global)

Cet aspect est essen­tiel car la souf­france pro­fes­sion­nelle se joue au niveau de l’individu mais éga­le­ment de l’organisation. Si des fra­gi­li­tés per­son­nelles peuvent évi­dem­ment ren­trer en ligne de compte, les risques psy­cho­so­ciaux sont fré­quem­ment aus­si des symp­tômes de dys­fonc­tion­ne­ments orga­ni­sa­tion­nels qui, s’ils ne sont pas réso­lus, peuvent affec­ter la san­té d’autres tra­vailleurs et nuire à la bonne marche de l’entreprise. Si bien que toute démarche de pré­ven­tion repré­sente, in fine, une démarche de pro­grès global.