Des outils pour briser le tabou persistant des RPS

Une récente enquête tend à démontrer que les salariés n’osent pas parler des risques psychosociaux à leur hiérarchie. Des solutions existent pourtant pour briser ce tabou délétère pour le climat de travail.

Depuis une quinzaine d’années, les risques psychosociaux font l’objet d’une attention croissante aussi bien dans la sphère médiatique que dans le monde du travail. À la une de la presse, les sujets tels que le stress, le burn-out, l’épuisement professionnel ou encore, de façon plus dramatique, les suicides de salariés sont devenus récurrents. De même, les managers sont de plus en plus alertés sur la nécessité de protéger la santé mentale de leurs collaborateurs, voire de promouvoir leur bien-être psychologique

Les deux tiers des salariés mal à l’aise pour évoquer les RPS

Dès lors, on pourrait croire qu’au sein de l’entreprise, ce sujet peut être abordé par les salariés aussi librement et sereinement que n’importe quelle autre question de management ou de prévention des risques. Or, selon une récente enquête réalisée auprès de salariés européens par l’entreprise de services de ressources humaines ADP, il n’en est rien. “Un salarié sur trois (30 %) déclare ne pas se sentir à l’aise pour faire part d’un problème de santé mentale au travail. Et parmi les moins réticents, 43  % pourraient en discuter avec des amis proches ou collègues, tandis que 30 % seulement en parleraient à leur manager. À peine 13  % oseraient en parler aux RH.”
Ce déficit d’expression a des conséquences délétères sur le climat de travail de l’entreprise tant il favorise une vive différence de perception entre les dirigeants et leurs salariés. Ainsi, nombre de dirigeants seraient certainement surpris d’apprendre que “28   % des collaborateurs pensent que leur employeur ne s’intéresse pas du tout à leur bien-être psychologique et 38  % jugent que leur intérêt n’est que superficiel”. En matière de prévention des risques psychosociaux comme en bien d’autres, les non-dits agissent comme un poison qui, en renforçant l’incompréhension mutuelle, mine les relations sociales.

Pour libérer la parole : diagnostic RPS, sensibilisation, etc.

Comment remédier à une telle situation ? Pour les experts, il est d’abord primordial que la direction s’empare explicitement du sujet. Le changement d’attitude à l’égard des risques psychosociaux est un projet de changement comme un autre : il ne peut être mené à bien sans un fort engagement de la part de la direction qui doit, montrer l’exemple et donner l’impulsion. La meilleure méthode consiste évidemment à poser des actes. “Dans mon établissement, la réalisation d’un diagnostic RPS a agi comme un électrochoc. Les managers ont compris que, désormais, la prévention des RPS serait poursuivie avec la même détermination que tout autre projet”, témoigne un cadre du secteur industriel.
Une autre solution, complémentaire, consiste à sensibiliser les acteurs de l’entreprise aux risques psychosociaux. Le simple fait de programmer une telle sensibilisation suffit à témoigner de l’attention que porte la direction au sujet. Mais ce type de formation a un autre avantage : en donnant aux managers et salariés concernés une meilleure connaissance du sujet, elle contribue à libérer la parole. “Nombre de collaborateurs de l’entreprise n’osent pas aborder les questions de santé mentale en raison de leur méconnaissance du sujet. Ils redoutent de s’engager sur un sujet qu’ils connaissent mal et de dire des choses qui pourraient se retourner contre eux. Alors ils se taisent”, explique une psychologue sociale.
Autre avantage, et non des moindres : cette sensibilisation aux enjeux des RPS permet aux différents acteurs de l’entreprise – managers, représentants du personnel et salariés – d’acquérir un même langage et une approche commune des RPS. Pour que la libération de la parole puisse produire des effets bénéfiques, encore faut-il que chacun se comprenne. Or, s’agissant d’un sujet à la fois sensible, médiatisé et souvent chargé d’émotion, voire de préjugés, cela ne va, hélas, pas de soi.

Lever le tabou tout en préservant l’anonymat

Toutefois, la souffrance mentale touchant par définition à l’intime, l’entreprise ne peut, en la matière, rechercher la transparence à tout prix. Elle doit aussi admettre qu’il soit délicat pour les personnes concernées ou pour leurs collègues de mettre le problème sur la table. C’est pourquoi, de nombreuses entreprises choisissent une solution permettant de préserver totalement la confidentialité des salariés qui ressentent le besoin de se confier. Elle consiste à mettre à disposition des salariés un forfait de consultation avec un psychologue auquel chacun est libre de recourir ou non.
Tenu par le secret professionnel, le psychologue s’engage à garantir l’anonymat des salariés qui le souhaitent. En revanche, si ces consultations révèlent l’existence de risques psychosociaux générés par l’organisation, il ne s’interdit pas de formuler des recommandations d’ordre général à la direction de façon à ce qu’elle puisse s’emparer du problème. En d’autres termes, il s’agit, de la sorte, de briser le tabou des RPS tout en préservant l’anonymat des collaborateurs !

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